
Andrea Lobel
Artiste visuelle néerlandaise, Andréa Lobel engage sa pratique dans une investigation de la tension fondamentale entre l’ordre et le chaos. Son œuvre se déploie à travers deux médiums distincts mais complémentaires : la photographie, par laquelle elle mène une quête pour capturer l’insaisissable, et la sérigraphie, qui lui permet d’explorer un désordre expressif. Cette dualité offre une méditation silencieuse sur le temps qui passe et la poésie fragile des instants éphémères.
Née à La Haye, elle possède un parcours singulier qui nourrit en profondeur sa pratique. Sa formation en psychologie du développement (Master of Science, Université de Leyde) éclaire son attention aux émotions, aux comportements humains et à la finesse des micro-gestes. Cette démarche trouve son point de départ dans un geste intime : documenter « la vie naissante de ses enfants ». Ce qui était au départ une tentative personnelle de préserver des instants fugaces est devenu une exploration plus large du temps, de la perception et de l’invisible.
Son approche photographique, majoritairement monochrome, vise à « faire taire le moment » (silence the moment) et à protéger « la fragilité des instants qui passent ». Pour elle, l’image devient un moyen de communiquer des sentiments et des observations que les mots peinent à saisir. Son attention méticuleuse à la lumière, aux ombres fugaces, aux gestes suspendus et aux détails presque imperceptibles est au cœur de sa pratique.
Son travail nous invite ainsi à une contemplation intime, révélant la profondeur poétique et conceptuelle qui se cache au creux de cette investigation dualiste du quotidien.
La démarche d’Andréa Lobel s’articule autour d’une dualité méthodologique qui constitue le cœur conceptuel de son œuvre. Elle utilise deux disciplines aux philosophies opposées comme des outils critiques : la photographie, son médium de contrôle et de sanctuaire temporel, et la sérigraphie, son champ d’expérimentation du chaos et de l’ambiguïté perceptive. Cette tension structurelle est la clé de lecture de sa pratique.
En photographie, son choix du monochrome est un acte de soustraction stratégique. En éliminant ce qu’elle considère comme une « distraction », l’absence de couleur « renforce la concentration », comme elle le souligne elle-même. Cette décision délibérée dirige notre attention vers les éléments fondamentaux de son langage visuel : les textures, les formes et les jeux subtils d’ombre et de lumière. La photographie devient alors un moyen d’imposer un ordre, de sculpter un refuge pour figer le temps et « faire taire le moment ».
À l’opposé de cet instant de contrôle parfait, sa pratique de la sérigraphie embrasse le désordre expressif. Des œuvres comme Night Lzr, exposée à Milan, sont construites sur des « couches chaotiques » (chaotic layers) qui interrogent la relation entre « l’espace réel et la perception qu’en a le spectateur ». La sérigraphie lui permet de déconstruire la réalité en une interprétation superposée et ambiguë, en contraste direct avec la clarté singulière de ses clichés.
Cette confrontation entre la quête de l’immobilité photographique et la complexité superposée de la sérigraphie incarne parfaitement le titre d’une de ses expositions, « Organiser le Chaos » (Organizing Chaos). Andréa Lobel ne se contente pas de documenter le désordre du monde ; elle l’investigue en utilisant deux langages visuels opposés pour en révéler la structure cachée et la beauté complexe.
La philosophie d'Andréa Lobel prend corps dans des œuvres qui invitent à ralentir le regard. Chaque image est une proposition pour percevoir le monde différemment, à travers des compositions qui privilégient l’atmosphère et la suggestion. En explorant quelques exemples, nous pouvons saisir la subtilité de sa méthode.
Son œuvre traverse plusieurs thématiques récurrentes qui témoignent de la diversité de ses observations : l’émotion humaine, le mouvement, les natures mortes (Stills), la photographie de rue et les paysages urbains (Cities). Qu'elle capture la solitude d'une figure humaine ou la géométrie d'une architecture, son regard reste guidé par la même quête de l'instant juste.

Last summer (Nina)
Sa maîtrise du contrôle photographique est manifeste. Elle y réfléchit à la manière dont « le soleil façonne les ombres », utilisant la lumière naturelle non pas comme un simple éclairage, mais comme un acteur qui sculpte et protège son sujet.

Breeze
La série explore la vulnérabilité même de l'image. En transférant les photographies sur des films transparents suspendus dans des cadres flottants, elle rend les images physiquement « vulnérables à la moindre brise ».
Pour apprécier pleinement son travail, il convient de se laisser porter par l'atmosphère plutôt que de chercher une interprétation unique. L'artiste nous invite à observer la manière dont elle utilise des points de vue inhabituels ou des cadrages serrés pour créer une « attention conjointe » (joined attention) avec le spectateur. C'est dans ce partage du regard que se révèle la beauté des détails délicats et la force silencieuse de ses images, qui transcendent la simple représentation pour toucher à l'universel.

















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